Vient de paraître de Cédric Le Penven - Verger aux Editions Unes

Cédric Le Penven - Verger

le premier automne, j'ai creusé trente trous pour planter les arbres de mon verger

Vignette de Marie-Noëlle Gonthier

EDITIONS UNES

Imprimé en typographie

16 €, 80 p., EAN 9782877042024

 

Le verger n’est pas une métaphore, c’est un rapport au monde. Une attention constante au soin, à la forme des fruits, à la hauteur et la direction des branches. Une attention à des cycles plus vastes que l’homme. Faire croître c’est avoir conscience de l’environnement : pruniers, abricotiers, cerisiers, chaque arbre porte son caractère, sa nature. Patience, attention et gestes sûrs sont nécessaires à leur apprivoisement. Cédric Le Penven pèse les heures dans ce livre rythmé par l’écoute des branches et la récolte silencieuse de leurs fruits. Face à l’immobilité apparente de ces arbres, à leur impassibilité, on presse notre fatigue, notre porosité. Dans le fourmillement de vie, de plantes et d’insectes, on reste malgré tout des intrus, comme si notre capacité à englober toutes ces vies dans notre conscience et dans nos gestes nous en excluait. On cherche à poser notre marque humaine, à faire fructifier : on greffe, on transforme, on mute. Il y a une tension entre ces présences naturelles, l’intervention du gel, le refus mystérieux d’une greffe, le rejet d’un sol, et l’obstination de l’homme, ses outils pour faire plier la nature. Les arbres aussi tombent malades, portent leurs cicatrices. Il faut savoir avec précision ce qu’il faut couper, pour ne pas augmenter le mal, et nettoyer les plaies. C’est une des quêtes du livre, oser poser ses blessures « à l’air libre ». 

Le Penven pose sur son verger une main qui cherche à apaiser, à guérir, à faire grandir. Une main douce et attentive, à rebours des coups et des poings de l’enfance. Contre tous ces arbres que l’on plante à l’intérieur de soi-même, et qui prolifèrent de façon anarchique, envahissante, que l’on est bien impuissants à tailler et qui donnent tant de fruits noirs. C’est que pour se guérir soi-même, la précision de nos gestes ne vaut rien ; on ne peut les porter vers soi. On a beau essayer de savoir, on ne connaît rien de ce qui nous agite et s’agite au-dehors. La mémoire, les enfants qui grandissent, les blessures logées à l’intérieur de chacun, pour tout cela il n’y a pas de manuel, et il « ne reste plus qu’à tout aimer sans rien comprendre ».


Cédric Le Penven est né en 1980. Agrégé de Lettres Modernes, il vit et enseigne dans le Sud-Ouest de la France. Spécialiste de l’œuvre poétique de Thierry Metz, il a publié une dizaine de recueils où se développe une interrogation du biographique dans le monde, entre réminiscences et voyages, quotidien et introspection. Son écriture cherche à cautériser les plaies de l’enfance et du temps présent, dans une quête constante de clarté. Il a obtenu le prix Voronca en 2004 pour « Elle, le givre », paru aux éditions Jacques Brémond, et le prix Yvan Goll pour son recueil « Nuit de peu », paru aux éditions Tarabuste en 2016. « Verger » est le troisième livre de Cédric Le Penven aux Editions Unes, après « Bouche-suie » en 2015 et « Joachim » en 2017.

 

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