Nos amis publient:CAVE FATUM de Louis SAVARY Les Presses littéraires

Louis SAVARY - CAVE FATUM

Les Presses littéraires

CAVE FATUM ( Prends garde au destin }. Louis Savary s'inspire de la devise latine que l'on trouve sur les mosaïques romaines représentant un chien qui garde l'entrée de la villa avec l'inscription CAVE CANEM ( Prends garde au chien ) que l'auteur utilise à la page 95, faisant le rapprochement des deux citations pour nous signifier : « CAVE CANEM

rappela le maître de maison / « CAVE FATUM.. » / murmura le philosophe. Cette opposition entre les deux protagonistes : le maître de maison et le philosophe est significative. L'un s'adresse à la sécurité du domicile, l'autre à la fatalité, ce destin (FATUM = FATALITE ) qui nous échappe, très pressant, très présent dans l'Antiquité où l'on multiplie les oracles, pythies, présages et autres ingrédients qui déterminaient les entreprises des hommes, notamment celles des militaires.

De nos jours, le destin s'est un peu effacé, laissant la place au rationalisme, prôné par Descartes mais pas toujours avec succès puisque la superstition a encore de beaux jours devant elle. Tout le recueil de Louis nous amène à réfléchir sur ce sujet, important ô combien, qu'on accorde, ou pas, du crédit à des croyances. Le premier des destins est la naissance, le second la mort irréfutables ces deux-là.

Comme toujours, Louis Savary possède un art accompli pour présenter son ouvrage : couvertures représentant des copies du même homme avançant les yeux bandés, en aveugles,

Pour une sorte de colin-maillard que serait la vie. Comme toujours, le contenu est divisé en chapitres (une dizaine ) dont le titre nous révèle une direction de lecture à adopter : définitions, dire, questions, faire défaire, proverbes positifs, etc. qui ne sont pas sans intérêt pour suivre le cheminement de l'auteur.

Comniehf-ne pas relever quelques-uns de ces aphorismes qui se composent de trois, quatre, cinq vers chacun. J'ai envie de citer le dernier : le destin / de tout un chacun / c'est de .finir là / où l'éternité à peine / vient de commencer. Le dilemme : destin - libre arbitre n'a pas tout à fait disparu même si l'on a acquis certaines certitudes. Le destin n'est-ce pas ce qui arrive inopinément, sans qu'on l'ait cherché, mérité : « le destin/ ne s'annonce pas / avec une crécelle ». Mais, parallèlement, ne construit-on pas son destin ? « On a le destin qu'on mérite / le meilleur étant / de ne pas y croire ».

Comme toujours, chez Louis Savary, les préoccupations de l'écrivain sont présentes dans le livre : la raison d'écrire : « et si le destin /de tout un chacun / était de laisser au futur / une trace de son passage / un signe pour se perpétuer ». L'indifférence qui s'exerce à l'encontre du poète : « Un jour le destin s'engagea / à me prêter sa plume / mais de son encre indélébile /pas une goutte». La censure possible : « le pire destin /du poète / c'est qu'on lui arrache / la langue ».

L'humour est aussi présent dans ce recueil, humour gentil : « Le destin / a beau être indéchiffrable / les imbéciles / sortent leur calculette ». Humour grinçant : « Dieu est mort / encore une Ibis / il s'en remettra / à chacun son destin ».

Je m'arrête, je dois vous inciter à lire ce livre pas à le faire à votre place.

Louis DELORME

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